Moun - Revue de philosophie 1 (2005) 201-203
Note de lecture
Martha Séïde, L'éducation chrétienne pour une culture de com-
munion, Port-au-Prince, Henri Deschamps, 2003, 127 p.
Note de lecture rédigée par:
P. Jorel François, op
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L'auteure est une femme de chez nous. Elle est religieuse, salésienne, avec
une expérience humaine, intellectuelle internationale. Elle est docteure en
sciences de l'éducation et professeure de théologie. Elle nous livre, à travers
ces pages, une partie de ses longues et patientes recherches. En effet, sa thèse
doctorale (Pour une éducation chrétienne significative. Sciences de
l'éducation et théologie de l'éducation en dialogue interdisciplinaire vers
des résultats transdisciplinaires), éditée en 2001 à Rome, portait pratique-
ment sur le même sujet.
L'ouvrage est réparti en cinq chapitres. L'auteure commence par constater
qu'aujourd'hui le monde est un " village global " où triomphe l'indivi-
dualisme. Les défis présentés par ce monde globalisé exigent une largesse de
vue, des réponses multidimensionnelles, mais malheureusement toujours à
finalité individuelle. L'éducation chrétienne est invitée à faire " de la
globalisation une culture de solidarité et de communion " (p. 16). Elle doit
éduquer à la solidarité (p. 56). Elle est, du point de vue économique, invitée à
aider notre monde à passer " de la logique "du tout pour quelques-uns" au
"tout pour tous" "; sur le plan culturel, " de la tendance à l'uniformisation à
la construction de l'unité dans la diversité; dans les domaines de la science,
de la technique et de la communication, de la fragmentation disciplinaire à
l'unité transdisciplinaire; sur le plan religieux, du sectarisme à l'œcumé-
nisme… " (p. 41). Ce qui également nécessite une approche trans-
disciplinaire.
L'auteure définit la transdisciplinarité comme un effort de dépassement du
savoir éclaté (p. 22). La transdisciplinarité suppose, selon elle, la discipli-
narité qui est " la spécificité et l'autonomie disciplinaire de chaque domaine
scientifique ", la multidisciplinarité qui consiste dans la prise de " conscience
de la nécessité indispensable de l'apport disciplinaire " et " la partialité des
résultats de chacun pour la compréhension globale d'un problème […] la
confrontation ouverte et humble des points de vue différents", et finalement,
le concept suppose l'interdisciplinarité qui est " l'effort d'une intégration et
l'enrichissement réciproque " de toutes les disciplines (p. 26).
Quant à l'éducation, l'auteure, reprenant Carlo Nanni, la définit comme étant
" la promotion des capacités personnelles fondamentales en vue de vivre la
vie d'une façon libre et responsable, dans le monde et avec les autres, au fil
des temps et des âges, dans la trame des relations interpersonnelles et dans la
vie sociale organisée " (p. 34). Assumant le point de vue de la Commission
Internationale sur l'éducation pour le vingt-et-unième siècle, l'auteure pense
que l'éducation " doit s'organiser autour de quatre piliers fondamen-
taux : "apprendre à connaître, c'est-à-dire acquérir les instruments de la com-
préhension; apprendre à faire pour pouvoir agir sur son environnement; ap-
prendre à vivre ensemble, afin de participer et de coopérer avec les autres à
toutes les activités humaines; enfin, apprendre à être, cheminement essentiel
qui participe des trois précédents"" (p. 35).
Pour atteindre son but qui est " de conférer à tous les humains la liberté de
pensée, de jugement, de sentiment et d'imagination dont ils ont besoin pour
épanouir leurs talents [sic] et rester aussi maître que possible de leur destin "
(p. 36), l'acte d'éduquer, argumente l'auteure, " doit être soutenu par une
vision du monde, de la vie et de la personne qui offre un horizon de sens"
(p. 37). D'où l'importance d'une éducation chrétienne. L'enjeu est de taille,
car les jeunes, faute de guides " sages et compétents ", sont exposés " à la
déviance " (p. 48). Mais " si l'éducation est une réalité pluridimensionnelle
[…] n'est-ce pas une contradiction de parler d'éducation chrétienne? "
(p. 37).
Loin de favoriser l'éclosion d'attitudes étriquées, l'éducation chrétienne, est,
selon l'auteure, un moyen d'ouverture à l'universel. Toutefois, pour être
toujours à la hauteur de cet idéal, l'auteure souhaite que l'éducation chré-
tienne coordonne mieux ses efforts (p. 39) et puisse les exprimer par des
concepts transdisciplinaires (p. 42). Elle est également invitée à " assumer la
communion comme catégorie anthropologique et normative de l'agir péda-
gogique " (p. 47), à " cultiver une spiritualité de communion, une mystique
du " trans ", c'est-à-dire " une passion intérieure qui pousse […] à aller tou-
jours au-delà (p. 62). Car, l'être humain, pour original qu'il soit (p. 48), est
fondamentalement communion (p. 47). La construction de soi nécessite
l'ouverture sur l'altérité, c'est-à-dire sur un " tu " à la fois " semblable et
différent " (p. 52).
L'auteure fait encore remarquer que cette " communion " n'est " ni fusion,
ni confusion " (p. 65). Elle doit être à l'exemple de la Trinité. L'eucharistie,
en tant que " engagement de Dieu avec l'humanité " (p. 77) est témoignage
de communion. " Il y a communion, comme l'exprime Pacomio, là où il y a
des gestes concrets de l'Amour " (p. 75). Il faut alors promouvoir une péda-
gogie de communion et donc de dialogue avec l'autre et de respect de
l'autre : " valoriser le colloque et rejeter le soliloque " (p. 89), éviter le sec-
tarisme et la compétition, " sauvegarder la continuité didactique " (p. 90). Le
but de l'éducation chrétienne doit consister à " élaborer une culture de com-
munion " (p. 98), transcender l'individualisme des personnes et des disci-
plines de l'esprit (p. 104).
Bref, l'auteure, en très peu de pages, " a donc ratissé large ". Peut-être l'idée
même de transdisciplinarité le lui oblige-t-elle. Il est pourtant à déplorer
l'absence d'un clin d'œil - sauf le mot " Port-au-Prince " qu'on peut lire
dans la conclusion (p. 114) - renvoyant nommément à la situation haïtienne,
alors que comme nous le savons tous, une réflexion systématique sur le
système éducatif haïtien s'avère plus que jamais urgent. Si cela ne peut in-
comber directement à l'Église, elle peut, du moins y contribuer. Je vous con-
vie donc à lire ce livre et à en tirer profit.
P. Jorel François, op
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