Moun - Revue de philosophie 1 (2005) 205-212
Chronique
-----------------------------------------------------------
Vie de l'Institut
______ Année académique 2003-2004
______ Année académique 2004-2005
Les étudiants
Nos professeurs
Les publications
Homélie du R. P. Jacques Charles
Vie de l'Institut
Fonctionnant depuis octobre 1996 pour répondre aux urgences de la for-
mation des Salésiens de Don Bosco en Haïti et faisant partie d'un projet
plus vaste de Centre Salésien d'Enseignement Supérieur, notre Institut de
Philosophie a réouvert ses portes en octobre 2002 après une année d'arrêt
et de restructuration. Maintenant avec ses nouveaux Statuts et Règle-
ments, il se présente comme un centre d'études ouvert à tous ceux qui
veulent se qualifier en philosophie afin de "promouvoir l'enseignement et
la recherche philosophique en cohérence avec la vision chrétienne du
monde" et de "favoriser l'effort de reflexion philosophique dans le milieu
haïtien" (Statuts art. 2.1; 2.4).
Année académique 2003-2004
haut de page
L'ouverture de l'année académique a eu lieu le mardi 7 octobre 2003. La
célébration eucharistique fut présidée par le P. Ducange Sylvain, délégué
du Supérieur de la Vice-Province salésienne d'Haïti, le P. Julio Nau.
Le 19 décembre 2003 nos étudiants visitèrent le musée colonial de
Moulin-sur-Mer ainsi que le Monastère bénédictin du Morne Saint-Be-
noît à Carriès au nord de Port-au-Prince près des fameuses plages de la
Côte-des-Arcadins et de Montrouis. La journée de détente fut aussi très
enrichissante tant sur le plan de l'histoire d'Haïti que d'une meilleure
compréhension de la vie contemplative.
Du 13 au 18 janvier 2004, le Doyen de la Faculté de Philosophie de
l'Université Pontificale Salésienne à Rome a réalisé la visite officielle de
l'Institut dans le cadre du processus d'affiliation. Aux étudiants il a tenu
une conférence sur "Les problèmes et les perspectives de l'affiliation à
une Athénée ou Université Pontificale". Aux professeurs et aux membres
du Conseil de la Vice-Province il a parlé des "Pré-requis essentiels et les
responsabilités de l'autorité académique d'un centre affilié". Il a ren-
contré aussi, pour une visite de courtoisie, Mgr Joseph Serge Miot, ar-
chevêque coadjuteur, administrateur apostolique sede plena de l'Ar-
chidiocèse de Port-au-Prince ainsi que Mgr François Gayot, archevêque
émérite du Cap-Haïtien.
Le 23 janvier 2004 nous avons anticipé la fête de Saint François de Sales.
La célébration eucharistique fut présidée par Mgr Joseph Serge Miot,
archevêque coadjuteur, administrateur apostolique sede plena de
l'Archidiocèse de Port-au-Prince. Il nous a recommandé de préparer nos
jeunes à pouvoir entreprendre à l'école de Saint François de Sales le
dialogue oecuménique et le dialogue interculturel. Il nous a rappelé aussi
le 40ème anniversaire de l'ouverture du Concile Vatican II et la grande
impulsion qu'il a donné au dialogue dans la vie de l'Eglise.
La récollection de Carême, le Samedi 20 mars 2004 a été prêchée par
Monseigneur Frantz Colimon, smm, évêque de Port-de-Paix. Il nous a
fait méditer sur la réalité de l'inculturation à travers la Parole de Dieu,
surtout les livres sapientiaux. Il nous a indiqué ainsi la voie à suivre pour
être chrétien aujourd'hui en Haïti.
La dernière récollection de l'année, le Lundi 24 mai 2004, fête de Marie
Auxiliatrice, a été prêchée par le Père Jacques Beaudry du Foyer de
Charité Sainte Marie, bien connu comme prédicateur de retraites. Il a
ravivé la flamme de la "vraie dévotion" à la Vierge dans le coeur des
étudiants.
Année académique 2004-2005
haut de page
C'est le P. Jacques Charles, nouveau Supérieur de la Vice-Province des
Salésiens d'Haïti qui a présidé la célébration eucharistique en ouverture
de l'année académique le Jeudi 7 octobre 2004. Nous offrons en fin de
chronique le texte de son homélie. A l'issue de la célébration nous avons
eu la rencontre traditionnelle du Conseil de l'Institut avec les Supérieurs
des communautés religieuses.
Le 12 novembre 2004, nous avons accueilli le P. Francesco Cereda, con-
seiller pour la formation au Conseil Supérieur des Salésiens de Don
Bosco. Il nous a encouragé vivement à consolider l'oeuvre commencée
surtout en vue de l'affiliation à l'Université Pontificale Salésienne.
Le vendredi 17 décembre 2004, les étudiants ont réalisé leur tradition-
nelle promenade de Noël. Ils ont visité Fermathe, puis les Forts Jacques
et Alexandre, redécouvrant les splendeurs de notre passé dans ces
constructions édifiées pour protéger l'indépendance d'Haïti. Ensuite à
Thomassin 25 ils ont visité la salle d'exposition et les ateliers du talen-
tueux ébéniste des Galeries Afrah.
Du 12 au 14 janvier 2005 s'est tenu à Rome, au siège de l'Université
Pontificale Salésienne le premier congrès de philosophie marquant le
centenaire de la naissance du philosophe français Emmanuel Mounier
(1905-2005), fondateur de la revue "Esprit" et promoteur du "personna-
lisme communautaire". Le thème: "Personne et humanisme relationnel:
héritage et défis d'Emmanuel Mounier" a été étudié de manière inter-
disciplinaire. Des experts dans diverses disciplines ont confronté les
resultats des recherches dans leurs propres secteurs avec l'inspiration
personnaliste en tenant compte des exigences historiques actuelles.
Parmi les personnalités présentes, outre les autorités académiques et
civiles citons : le Cardinal Paul Poupard, président du Conseil Pontifical
pour la culture; Attilio Danese de l'Université de Chieti; Bernard Comte
de l'Université de Lyon; Guy Coq, président de l'Association des Amis
d'Emmanuel Mounier (Paris); Maria Villela Petit du Centre National de
la Recherche Scientifique (CNRS - Paris); Olivier Mongin, directeur de
la revue "Esprit"; Jacques Nanema de l'Université de Ouagadougou,
Burkina Faso, etc. La présence de la fille d'Emmanuel Mounier, Martine
Mounier Mathieu, a donné un cachet particulier à cette rencontre
d'intellectuels. Elle y a apporté la fraîcheur du témoignage de sa vie de
mère adoptive de quatre enfants africains qui se dévoue dans l'éducation:
du "personnalisme" vécu. Notre Institut a été représenté à ce Congrès
par le P. Pierre Castel Germeil, professeur, et le P. Maurice Elder
Hyppolite, directeur.
Les étudiants
haut de page
Pour l'année académique 2004-2005 nos étudiants sont au nombre de 82
répartis sur trois années:
- 28 pour l'année propédeutique;
- 35 en première année de Philosophie;
- 19 en deuxième année de Philosophie.
Ils appartiennent à 11 communautés religieuses et il y a un laïc:
Camilliens: 15
Christ-Marie-Alphonse: 1
Clercs de Saint-Viateur: 3
Compagnie de Jésus (Jésuites): 1
Congrégation de la Mission de Saint Vincent de Paul (Lazaristes): 13
Missionnaires de Saint Charles Borromée (Scalabriniens): 15
Missionnaires du Coeur Immaculé de Marie (Scheut): 15
Missionnaires du Sacré-Coeur: 2
Ordre des Frères mineurs (Franciscains): 1
Petits Frères de Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus: 1
Société de Saint François de Sales (Salésiens de Don Bosco): 12
Diocèse de Hinche: 2
Laïc: 1
TOTAL 82
N.B. Le cours de Pastorale des jeunes, une fois par semaine dans l'après-
midi, est suivi aussi par les Novices des Clercs de Saint Viateur (5) et des
laïcs (3). Avec eux nous atteignons un effectif de 90 étudiants.
Nos professeurs
haut de page
Le P. Damien Gijsbrechts, sdb, professeur de pédagogie à l'Institut, nous
a laissés le 23 juin 2004 foudroyé par une crise cardiaque. Qu'il repose
en paix.
Pour l'année en cours notre corps professoral compte 24 membres:
Professeurs stables:
- 9 salésiens
Professeurs invités:
- 5 laïcs
- 4 religieuses (fma, mi, pse, susc)
- 1 prêtre diocésain
- 5 prêtres religieux non salésiens (cicm, csc, cssr, msc, op)
Publications
haut de page
En mai 2003 l'Institut avait publié une édition trilingue de la lettre en-
cyclique Ecclesia de Eucharistia du Pape Jean-Paul II (latin, français,
créole). Cette initiative a été bien accueillie par les étudiants.
Sur la même lancée, en juin 2004, une traduction créole des 24 thèses
thomistes a été imprimée.
En octobre 2004, dans le cadre de l'Année de l'Eucharistie, l'Institut a
publié une compilation de textes sur l'auguste Sacrement : "Je suis avec
vous…" Textes du Magistère sur l'Eucharistie. Plusieurs évêques l'ont
demandé pour l'offrir aux prêtres de leurs diocèses.
Avec ce premier numéro de Moun - Revue de philosophie, en date du 31
janvier 2005, le projet d'une publication périodique de recherche en phi-
losophie voulu par les Statuts de l'Institut voit le jour en Haïti.
______________________________________________________________
Homélie du P. Jacques Charles, sdb,au cours de l'Eucharistie
en ouverture de l'année académique 2004-2005:
haut de page
Chers Supérieurs des Congrégations religieuses
Chers Professeurs, chers confrères,
Chers étudiants, chers invités,
Chers amis,
Nous venons d'écouter avec recueillement la proclamation de la Parole de
Dieu.
La fête de Notre Dame du Rosaire, en laquelle nous voulons commencer
notre année académique, nous rappelle les dispositions à cultiver pour
savoir écouter Dieu et lui répondre. Lui qui ne cesse de nous parler et de
nous appeler dans l'histoire.
Sachant qu'il a un plan pour chacun de nous et qu'il nous le révèle au fur
et à mesure que nous nous demandons ce qu'il veut de nous en faveur des
autres.
D'où la nécessité de nous convertir en auditeurs attentifs de la Parole et
en lecteurs croyant de l'histoire. Marie nous enseigne en premier lieu à
prêter attention: "Elle se demandait ce que pouvait signifier cette saluta-
tion", dit l'Evangile que nous venons de lire.
Accepter la volonté de Dieu comme un projet de vie, c'est reconnaître
que son projet sera toujours meilleur que le nôtre. S'ouvrir à Dieu, se
laisser déranger par lui, c'est admettre sa propre situation de créature
limitée. Admettre Dieu dans sa vie personnelle, c'est reconnaître sa sei-
gneurie, ne dépendre de personne d'autre, n'avoir d'autres priorités dans
notre vie, s'identifier à sa volonté en sorte de la faire vraiment nôtre. On
ne peut pas être croyant et prétendre disposer de Dieu, vouloir que ce soit
lui qui fasse notre volonté et accomplisse nos désirs. Marie nous ensei-
gne, en second lieu, à croire en Dieu, à nous fier à lui, à lui faire une
place dans notre existence comme à celui qui nous a aimés le premier
parce qu'il a pensé à nous: "Voici la servante du Seigneur, que tout se
passe pour moi selon son projet" (Luc 1,38).
Le récit évangélique nous dit que par la force de Dieu, qui est l'Esprit
Saint en personne, Marie a pu être Mère de Dieu. C'est la docilité à
l'Esprit qui la rend féconde. La preuve est que, lors de sa visite à Elisa-
beth, celle-ci répond au salut de Marie: "Tu es bénie entre toutes les
femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. Le vécu profond de cette
force divine permet à Marie de se sentir libre pour pouvoir disposer d'elle
même et se faire esclave de son Dieu. Tel est le sens profond de la vir-
ginité de Marie qui, plus qu'une affirmation d'un élément physique, est la
totale disponibilité pour son Dieu: "Rien n'est impossible à Dieu".
La situation dans laquelle nous vivons aujourd'hui en Haïti affecte gran-
dement notre vie. Et notre célébration ne peut se réduire à un rite sans
aucune incidence sur cette réalité. La société haïtienne semble plus que
jamais divisée et affectée par une crise généralisée: crise des valeurs
civiques et morales, crise de crédibilité, crise d'autorité qui affecte les
relations entre responsables et subordonnés de tous les secteurs. Elle
affecte toutes les institutions importantes du pays: l'Etat, l'Eglise, la fa-
mille, les communautés, l'école.
Une situation d'anarchie y sévit depuis quelques temps, particulièrement
à Port-au-Prince avec les chimères. Un profond clivage affecte la société
civile. Le tissu social s'effrite de jour en jour. La divergence au niveau
des idées et des actions politiques provoque de sérieux remous sociaux
exprimés à travers des manifestations pafois manipulées.
Sur le plan religieux, les attentes sont diversifiées. S'il existe chez cer-
tains une demande d'intériorité, une certaine sensibilité pour les valeurs
spirituelles, d'autres vivent une religiosité "allégée" caractérisée parfois
par le syncrétisme et la superstition avec une pratique religieuse plus ou
moins occasionnelle, sans une vie cohérente avec la foi et une option
personnalisée et mûre.
Comment annoncer l'Evangile aujourd'hui en Haïti pour réveiller chez les
jeunes, chez tout le peuple, le désir de connaître et de se trouver en Jésus-
Christ? Comment les éduquer pour la construction d'une nouvelle société
haïtienne et d'une nouvelle identité chrétienne à l'intérieur des processus
de développement des valeurs humaines? Comment être des commu-
nautés capables de témoigner leur foi, la rendre crédible et la commu-
niquer avec un langage significatif aujourd'hui?
Chers Professeurs, chers étudiants, chers amis, le monde dans lequel
nous sommes envoyés, nous devons l'aider à retrouver espoir dans le
futur. Nous ne sommes pas les seuls responsables de cette mission, mais
il ne doit, non plus, exister aucun espace pour l'indifférence ou le manque
d'engagement. Tous, nous pouvons et devons être des protagonistes de
changement pour cette Haïti nouvelle que nous rêvons.
Vous pouvez certainement vous poser la question: Quelle est la place de
l'Institut Saint François de Sales dans tout cela?
Et comme réponse, je vous dirais: Quel sens a un Institut de philosophie
salésien, s'il n'est pas en contact avec cette réalité haïtienne? S'il n'est pas
en dialogue constant avec elle? S'il n'est pas ouvert aux questions posées
et n'offre aucune alternative, aucune contribution. Précisément parce
que le problème haïtien est si crucial, nous devons implanter une nou-
velle culture, développer une capacité nouvelle de prise de conscience
qui doit nécessairement répondre aux besoins fondamentaux des jeunes et
des personnes.
L'Eucharistie que nous célébrons et la Parole de Dieu que nous avons
écoutée nous offrent assez de lumière pour notre vie personnelle, com-
munautaire et institutionnelle: "Les disciples, d'un seul coeur, partici-
paient fidèlement à la prière avec Marie".
Nous avons besoin d'entrer dans le plan de Dieu, dans sa logique, sa
grammaire, pour construire la communion et la paix, la paix avec nous-
mêmes, la paix avec les autres, la paix avec Dieu. La nouvelle création,
est l'oeuvre de l'Esprit que Jésus ressuscité nous a insufflés. L'envoi de
l'Esprit sur les Apôtres, le jour de la Résurrection, ce même Esprit que
nous voulons implorer sur vous au début de cette année académique, est
signe, du moins le commencement, de la mission… La nouvelle hu-
manité doit naître du pardon et de la réconciliation; pour pardonner et
réconcilier, deux mesures pour vérifier l'authenticité d'une vraie création
nouvelle et une nouvelle humanité.
Chers Professeurs, chers étudiants, le devoir de notre, votre Institut ap-
pelé à porter sa contribution, en ce moment précis de notre histoire,
surtout avec la compétence et la rigueur scientifique unies à une intense
vie spirituelle, mais aussi avec la création de travaux culturels d'où sortira
le dialogue entre la foi et la culture, entre la science, la philosophie
surtout et la théologie et où l'éthique est considérée comme l'exigence
intrinsèque de la recherche pour un service authentique à l'homme.
Notre Institut Saint François de Sales, est appelé à faire valoir "et triom-
pher la priorité de l'esprit sur la matière, la priorité des personnes sur les
choses", comme nous dit le Recteur Majeur de notre Société, Don Pas-
cual Chávez, "de l'éthique sur la technique, du travail sur le capital, la
priorité du pardon sur la justice et du bien commun sur les intérêts per-
sonnels".
Ceci dit, comment ne pas exprimer toute notre reconnaissance et grati-
tude au P. Elder, Directeur de l'Institut, et son conseil, le P. Elan et la
Communauté salésienne de Fleuriot, les Professeurs qui collaborent et
contribuent avec compétence au développement et au bon fonctionne-
ment de l'Institut.
Merci aussi, aux différents Supérieurs des congrégations religieuses, pour
votre collaboration et la confiance placée en nous, en nous envoyant vos
confrères pour leur formation.
Je termine en vous souhaitant une bonne et féconde année 2004-2005.
Que l'Esprit Saint et Notre-Dame du Rosaire, "femme eucharistique",
l'Auxiliatrice des chrétiens, nous enseignent à accueillir le dessein de
Dieu et à collaborer avec lui pour porter à son achèvement l'oeuvre du
salut.
Amen.
haut de page